Overview
Entretien entre Ulrich Gignisson (EatFat2BeFit) et Elisabeth Yadbaou, diététicienne-nutritionniste et naturopathe, sur l’éducation nutritionnelle, le low carb/cétogène et la prise en charge de patientes, notamment après 40 ans.
Parcours et positionnement d’Elisabeth
- Diététicienne-nutritionniste ~20 ans, naturopathe ~2,5 ans, exerce en libéral à Marmande.
- Patientèle majoritaire: femmes >40 ans, surpoids associé à troubles digestifs, Hashimoto, SOPK.
- Approche: forte pédagogie, recherche des causes, personnalisation, autonomie du patient.
- Expérience personnelle: RGO et gastrite dès l’enfance; échecs des recommandations classiques.
- Tests alimentaires: végétal/cru non concluant (SIBO, ballonnements); low carb puis cétogène efficaces.
Limites des approches classiques
- Formation BTS: mécanismes plutôt que causes; diététique standard peu efficace sur RGO.
- Prise en charge clinique: focalisation sur le poids total, pas sur la masse maigre.
- Cancer, mucoviscidose, anorexie: nutrition entérale efficace sur le poids, pas sur la qualité tissulaire.
- Influence industrielle: aliments, hôpitaux, compléments; messages contradictoires au public.
Naturopathie et compléments d’approche
- Naturopathie: auto-guérison, force vitale/énergie mitochondriale, hygiène de vie, stress, toxines.
- Alimentation vivante: utile pour détox ponctuelle; ne répare pas le métabolisme sur la durée.
- Besoin d’expérimentations personnelles, essai-erreur, abandon des dogmes.
Éducation nutritionnelle et pédagogie
- Confusion générale: messages officiels, influenceurs, analyses mal comprises (IGG).
- Consultations longues (≈2h): bases, micronutrition, chronobiologie, causes des blocages.
- Objectif: compréhension avant application; démystification des idées reçues (graisses, oméga-3, calcium végétal).
Low carb vs cétogène: définitions et usages
- Régime occidental: ~400 g glucides/jour; low carb: ~80–150 g; cétogène: corps cétoniques élevés.
- Low carb: améliore beaucoup (HbA1c, insuline, énergie), phase de transition possible.
- Cétogène: ajoute les bénéfices des cétones (signalisation, énergie), potentiel d’inversion de pathologies.
Résultats observés en pratique
- Diminution fringales/compulsions; satiété, apaisement mental, meilleur sommeil.
- Troubles digestifs: moins de ballonnements, reflux, constipation; SIBO amélioré.
- Perte de poids possible; amélioration indépendamment du poids perçu.
- Paramètres métaboliques: HbA1c en baisse en low carb; transaminases/stéatose améliorées (fructose).
- Énergie accrue; fatigue post-prandiale en baisse.
Thyroïde, hormones et poids
- Priorité: restaurer la fonction thyroïdienne; la perte de poids vient ensuite.
- Micronutriments clés: iode, sélénium, zinc, cuivre, vitamine D; protéines suffisantes.
- Rôle des apports: impossibilité d’atteindre des niveaux optimaux sur 1500 kcal sans supplémentation.
Micronutrition et densité nutritionnelle
- Nous ne sommes pas ce que nous mangeons, mais ce que nous absorbons.
- Pièges: calcium végétal peu biodisponible (oxalates), confusion oméga-3 vs EPA/DHA, vitamine A.
- Aliments denses: abats, foie, viande rouge, poissons gras; rejet fréquent et nécessité parfois de suppléments.
- Normes d’apports: minimales de survie, pas optimales pour longévité/performance/procréation.
Chronobiologie et rythmes
- Ancrage circadien: lumière + alimentation; éviter dîner tardif et lumière artificielle le soir.
- Petit-déjeuner protéiné et gras: sérotonine, dopamine, mélatonine; stabilité de la faim et de l’humeur.
- Problème français: café à jeun, repas tardifs; boucle sommeil-énergie défavorable.
Gestion du gras dans le cétogène
- Deux écueils: peur du gras conduisant à un hyperprotéiné hypocalorique; excès de gras non maîtrisé.
- Ajustements individualisés: quantité de lipides testée, suivi des sensations et des marqueurs.
Femmes, restriction et carences
- Pressions sociétales et diètes répétées: métabolisme abaissé, carences cumulées.
- À l’assiette: volume perçu “important” mais aliments simples (viande, poisson, graisse, légumes).
- Priorité: réparer intestins et métabolisme avant de viser la balance.
Idées reçues et corrections
- IG/charge glycémique: améliorations partielles, souvent insuffisantes pour inverser.
- Fruits et “détox”: utiles ponctuellement; excès de fructose lié à stéatose.
- Végétarisme/vegan: inertie des carences (ex. B12 ~24 mois), pertes musculaires chez sujets âgés.
Message aux professionnels et aux patients
- Professionnels: sortir des dogmes, allonger le temps clinique, coopérer entre disciplines.
- Patients: abandonner la solution miracle; investir temps et effort; viser la cause, pas le symptôme.
- Liberté-responsabilité: comprendre pour adapter durablement; transformation par la connaissance.
Repères structurés
| Thème | Constat/Problème | Approche proposée | Résultats observés |
|---|
| RGO/SIBO | Recommandations classiques inefficaces; ferments/glucides aggravent | Low carb puis cétogène; réduction glucides | Reflux et ballonnements diminuent; pH et intégrité intestinale s’améliorent |
| Fringales/stress | Restriction chronique, compulsions | Cétogène bien formulé; petit-déj protéiné-gras | Satiété, apaisement, moins de compulsions |
| Diabète T2 | Hyperinsulinisme, HbA1c élevée | Low carb (puis cétogène si possible) | HbA1c diminue en quelques mois |
| Thyroïde | Hypothyroïdie non corrigée | Micronutriments (iode, sélénium, zinc, cuivre, vit D), protéines | Métabolisme et température améliorés; poids se normalise |
| Stéatose hépatique | Fructose élevé, transaminases hautes | Réduction glucides/fructose, low carb/cétogène | Transaminases en baisse; stéatose s’améliore |
| Poids féminin >40 ans | Régimes répétés, carences, métabolisme bas | Réparer intestins, densité nutritionnelle, calories suffisantes | Perte de gras possible; masse musculaire préservée/augmentée |
| Pédagogie | Désinformation, croyances IG/oméga-3/calcium | Consultations longues, déconstruction et personnalisation | Adhésion, autonomie, résultats durables |
Action Items
- Évaluer l’apport réel en glucides et viser le low carb (80–150 g) comme première étape.
- Structurer un petit-déjeuner riche en protéines et lipides, dîner léger et tôt.
- Réintroduire/augmenter aliments denses: abats, foie, poissons gras, viande rouge.
- Vérifier et corriger iode, sélénium, zinc, cuivre, vitamine D; compléter si apports alimentaires insuffisants.
- Cibler la réparation intestinale avant tout objectif pondéral; réduire fructose.
- Allonger la durée des consultations pour pédagogie (≈2h) et plan personnalisé.
Décisions
- Prioriser la compréhension des causes et la micronutrition avant la balance.
- Positionner le low carb comme tremplin vers un cétogène bien formulé si nécessaire.
- Refuser les approches “express” et les dogmes; adopter une démarche essai-erreur guidée.